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>> Colloque sur le multilinguisme comme outil d’insertion socioprofessionnelle pour les jeunes marocains, 28 mars 2012, Rabat

31 mars 2012

Dans le cadre de la célébration de la Fête de la Francophonie au Maroc-2012, le colloque qui vient de se tenir à Rabat, le 28 mars, à l’initiative du Ministère marocain des Affaires Etrangères et du Bureau Maghreb de l’Agence universitaire de la Francophonie a jeté la plus vive lumière sur la place privilégiée du français dans le monde du travail au Maroc en même temps qu’il a fait état de la pratique, à la fois séculaire et très vivante, d’une pluralité linguistique harmonieuse mise au service des activités de production et de négoce.

Loin donc de confirmer l’idée reçue selon laquelle l’anglais viendrait prendre la place de toutes les autres langues dans l’industrie, les services et domaines de pointe, cette rencontre de responsables politiques, de chefs d’entreprise et de chercheurs universitaires a montré que le Maroc polyglotte se porte bien, quoique le besoin d’un effort pédagogique renouvelé se fasse de plus en plus vivement sentir face aux carences linguistiques des nouvelles générations.


Sur la photo : de gauche à droite :

- M. Viorel Lefter , vice-recteur chargé des Relations internationales à l’Académie des Etudes Economiques à Bucarest - Roumanie

- Mme Michèle Gendreau-Massaloux, responsable Pôle formation, enseignement supérieur, recherche et santé à la mission interministérielle pour la méditerranée (France)

- M. Antony Todorov, professeur à la nouvelle université Bulgare (Bulgarie) Mme Cristina Robalo-Cordeiro, directrice du Bureau Maghreb

Si, ouvrant le préambule du programme, conçu par Mme Lamia Radi, Directeur de la Coopération et de l’Action Culturelles au Ministère des Affaires Etrangères, une formule tranchante du roi Hassan II (« Je tiens que dans le monde contemporain celui qui ne parle qu’une seule langue est un analphabète ») posait d’emblée la nécessité culturelle du multilinguisme, les exposés et débats qui ont rempli la journée en ont, souvent à partir de données statistiques ou de témoignages personnels directs, démontré l’utilité comme « outil d’insertion sur le marché du travail ».

Un premier panel, plus directement lié à la question de l’embauche, a voulu placer des décideurs, présidents ou directeurs généraux de sociétés, devant l’interrogation : « pourquoi une pluralité linguistique en matière professionnelle ? » et a fait apparaître la criante inégalité des chances séparant les candidats aptes à s’exprimer couramment en français, anglais et espagnol de ceux dont les diplômes ne témoignaient que d’aptitudes purement techniques. Il ne suffit pas d’être ingénieur, il faut encore, si l’on veut monter dans la hiérarchie de l’entreprise, être capable de parler, outre l’arabe et les idiomes locaux (comme l’amazigh et le darija, ce dernier étant de plus en plus utilisé dans la publicité), les langues européennes, à commencer, naturellement (puisque nous sommes au Maroc) par le français. Déjà cependant certains, parmi les plus ambitieux ou les plus prévoyants des jeunes diplômés, ajoutent le chinois à leur panoplie linguistique. Loin donc de croire, comme le voudrait l’idéologie néolibérale, que l’actuelle « lingua franca » va ou peut simplifier la situation en faisant bon marché de la diversité linguistique et culturelle, les représentants de l’entreprise préconisent l’ouverture et la polyphonie au nom même du pragmatisme et en vue de la séduction des clientèles étrangères.

Le second panel devait répondre à la question, plus difficile peut-être, des manières de réussir ce pluralisme linguistique dont l’évidence a été largement attestée par la première table ronde. Plus difficile parce que diverse selon les situations et les lieux. Des universitaires, venus de l’Est européen (Bulgarie Roumanie), ont rendu compte de l’histoire de l’adhésion de leurs institutions à la francophonie, voire à l’AUF, ainsi que des raisons qui les ont poussés, à titre individuel, à faire le choix du français et qui les incitent, aujourd’hui, dans un contexte international nouveau, à en encourager l’apprentissage auprès des étudiants. Dans son intervention, Mme Michèle Gendreau-Massaloux, a insisté, au passage, sur la fécondité des modules d’intercompréhension dans l’approche pédagogique de la pluralité linguistique, cette expérience commune ou plus encore ce vécu commun aux peuples de la Méditerranée. Quant à la spécificité du plurilinguisme marocain, il a appartenu à Mme Lélia Messaoudi, de l’Université de Kénitra, d’en dresser le tableau nuancé, d’où il est ressorti, comme de tout le colloque, que la francophonie a de solides raisons d’être fêtée au Maroc.

Cristina Robalo-Cordeiro